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LA DOUBLE VIE D'HADJA CISSÉ

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LA DOUBLE VIE D'HADJA CISSÉ
10 mars 2021
10 mars 2021

Du handball à… Koh Lanta. Hadja Cissé, héroïne de la saison 21, revient pour nous sur cette inoubliable aventure, ainsi que sur son parcours handballistique, qui lui aura permis de voyager bien loin d’Epernay, le berceau familial.

Commençons par le camp de base. Il n’est pas encore question d’îlot de l’exil ou de feu récalcitrant. Non, l’histoire d’Hadja Cissé commence à Epernay, dans la Marne. Sixième d’une fratrie de sept, la jeune fille voit son destin basculer lorsqu’elle décide de pousser les portes du RC Epernay, le club de handball de sa ville. "Mes grandes sœurs en avaient fait, alors je me suis dit pourquoi pas ?, se souvient celle qui trouve rapidement son bonheur dans le jeu à 7. C’est un sport complet je trouve, avec du combat, ce que j’aime beaucoup, mais aussi un jeu très fin qui demande de la réflexion." Un jeu dans lequel la jeune Sparnacienne (oui, oui) de 13 ans crève vite l’écran, pour rentrer dans le circuit de formation mis en place par la Fédération, seulement huit mois après ses débuts. "C’était une surprise pour moi, qui n’avait aucune culture handball. Je n’avais jamais vu un match de l’équipe de France jusque-là", souffle-t-elle. 

Il est alors temps de boucler le sac à dos et la jeune Hadja commence alors ses voyages. Après un passage à Metz, puis Yutz et Abbeville, cap au Sud, avec quatre saisons à Cannes, en deuxième division, où l’arrière gauche s’épanouit franchement. "J’aurais pu rester là-bas, mais Fleury et Fred Bougeant m'ont contacté, et ça ne se refuse pas, explique celle qui découvre le plus haut-niveau à 24 ans. J’avais déjà eu des propositions de clubs de D1, mais là c’était le top, elles venaient de finir championnes de France et Fred m’a proposé un rôle essentiellement défensif qui me permettait de découvrir la Ligue des champions." La suite s’écrit ensuite par une saison à Nice avant que la longiligne arrière ne décide de sauter le pas d’une première aventure à l’étranger. "Je m’étais toujours dit que je ferai un an ou deux à l’étranger, et Sola, en Norvège, est arrivé avec sa proposition."

Une expérience enrichissante en Norvège

Un choc des cultures pour l’internationale sénégalaise, qui découvre une nouvelle manière de penser le handball. "C’est l’année la plus enrichissante que j’ai pu vivre au niveau du handball. J’ai eu l’impression de réapprendre mon sport, sourit-elle. Là-bas, les filles courent comme des dingues, donc il a déjà fallu se mettre à jour au niveau cardio. (sourires) Ensuite, elles ont toujours cette volonté de faire la passe, d’aller de l’avant alors qu’en France on va plus être dans la préservation du ballon. C’était très enrichissant pour moi." Et les échanges sont loin d’être unilatéraux. "J’ai apporté ma touche aussi !, rigole-t-elle. Déjà j’ai imposé le check quand on arrive à l’entraînement. Elles ne faisaient pas la bise ni rien du tout. Ce n’est pas possible ça ! (rires) Et puis sur les avant-matchs, elles étaient beaucoup dans la concentration, alors j’ai apporté ma petite touche de folie, en mettant un peu de musique. Les filles me remercient encore pour ça, il y a vraiment eu un bel échange."

Une belle aventure qui ne dure finalement qu’un an, Hadja étant rappelée au camp de base par des soucis familiaux. "J’ai fait le choix de rentrer, en cherchant à jouer pas loin d’Epernay. J’ai signé à Saint-Amand, mais ça s’est vraiment mal passé avec la coach, avec qui je ne me suis pas du tout entendue. Alors je suis repartie à Fleury", explique la Marnaise, qui commence à se pencher sur un vieux rêve enfoui depuis quelques années. "J’ai toujours rêvé de faire Koh Lanta, c’était un rêve de gamine, un truc que l’on suivait en famille. Quand j’avais 20 ans, c’était trop tôt car je lançais ma carrière de handballeuse. A Fleury, j’ai commencé à y réfléchir. J’avais lu qu’il fallait faire 3 ou 4 candidatures avant d’espérer être pris. Je me suis dit que ça pouvait tomber pile poil sur la fin de ma carrière, explique celle qui n’aura pas besoin d’attendre aussi longtemps. Au final, après quelques mois de casting, j’ai été prise dès la première. Je n’ai pas beaucoup hésité à sauter le pas."

Koh Lanta, "une aventure humaine de dingue"

Direction donc l’archipel de Kadavu, aux îles Fidji, où Hadja Cissé va vivre "une aventure humaine de dingue". "Je n’arrive pas à exprimer ce qu’on peut vivre là-bas, c’est tellement enrichissant, mais aussi tellement difficile, confie celle qui pointe notamment le manque de nourriture comme la principale difficulté. Pour moi, qui, en tant que sportive, avait l’habitude de faire cinq repas par jour, ce fut un truc de dingue. Je n’ai rien mangé les 7/8 premiers jours et franchement, je ne pensais pas que mon corps allait tenir comme ça. Ça a été moins douloureux pour quelqu’un comme Marie-France, qui avait l’habitude de peu manger. Moi c’était vraiment agressif, je ne pensais qu’à ça. En revanche, s’il m’a desservi sur le plan physique, mon côté sportive m’a permis de mieux résister mentalement. Et le fait d’avoir faim comme ça m’a aussi fait prendre conscience de ce qu’était la vraie faim, et de venir en aide aux plus nécessiteux qui en souffre. C’est une vraie claque." Finalement éliminée au 8e épisode, la handballeuse quitte l’aventure grandie, forte d’une deuxième famille.

Une famille qui va perdre l’un de ses membres durant l’été, Bertrand-Kamal ayant été emporté par un cancer pendant la diffusion de l’émission, en septembre 2020. "C’était vraiment mon acolyte durant l’aventure. J’ai perdu un frère, glisse Hadja. Mais ses parents sont toujours là, et j’ai pu partager avec eux les détails qu’il aurait dû leur raconter durant la diffusion de l’émission." Une épreuve douloureuse qui renvoie la candidate au décès de son frère Maye, en janvier 2019, d'un arrêt cardiaque, à l’âge de 31 ans. Ancien boxeur professionnel, ce dernier avait notamment empêché un meurtre en 2007, en mettant sa main devant le canon d’un fusil. "Je suis en train d’écrire un livre sur son histoire, ça devrait être pour cette année", souffle celle qui a signé à Reims, en Nationale 1, cette saison, pour rester auprès de sa famille. "On est à l’arrêt actuellement mais je m’entretiens physiquement, notamment pour les échéances en équipe nationale, conclut-elle. En attendant, je suis sur plusieurs projets, mais je préfère rester discrète pour le moment. Ça viendra." Il y sera sans doute questions de voyages… et de retour au camp de base.

Benoît Conta