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SUR LA ROUTE DE NICOLAS TOURNAT
2 juillet 2020
2 juillet 2020

Après huit années à grandir au sein du HBC Nantes, Nicolas Tournat va prendre son envol du côté de Kielce, cet été. Une chose est sûre, le pivot aura laissé une trace indélébile au « H ».

C’est une surprise comme seuls les supporters de Nantes peuvent en concocter. Dans l’impossibilité de dire au-revoir à Nicolas Tournat en raison de la fin prématurée de la saison suite à la pandémie de Covid-19, le collectif Ultr’H a décidé de prendre les devants. "Ils m’ont contacté directement pour me demander s’ils pouvaient venir faire une petite surprise à Nicolas, dans notre jardin, sourit Maëlys, la compagne du futur pivot de Kielce, en Pologne. Nicolas a été vraiment surpris et ému par cette initiative. Il avait vraiment été déçu de ne pas pouvoir faire ses adieux quand la fin de saison a été proclamée. On en a pleuré tous les deux. Là, au moins, il a pu faire un petit au-revoir." Un tee-shirt et une banderole remis par une vingtaine de supporters, voilà qui marquera la fin d’un chapitre long de huit ans pour le fleuron de la formation nantaise, qui aura grandit en même temps que son club, désormais incontournable à l’échelle hexagonale et européenne.

Une initiative inédite, à la hauteur de l’empreinte laissée par le massif pivot, arrivé sur la pointe des pieds à l’été 2012. Alors âgé de 18 ans, le natif de Niort n’a que six ans de handball derrière lui. Jeune, son truc à lui, c’est plutôt le football. Mais, à l’âge de 12 ans, le milieu du (gros) ballon rond lasse le gamin, dont la taille approche les 1,80m. "Je n’aimais plus l’état d’esprit", souffle-t-il. Un copain lui conseille alors d’entrer dans un gymnase, et son profil tape vite dans l’oeil de ses entraîneurs. Après une saison à La Crèche, le jeune pivot migre à Poitiers, pour suivre un sport-étude, tout en jouant à Niort, en Nationale 3. Attentif à ce qui se fait de mieux sur le territoire, le Montpelliérain Patrice Canayer tente de faire venir le gros poisson, alors âgé 17 ans. Mais ce dernier refuse. C’est trop tôt, trop loin. Ce sera Nantes, un an plus tard. Un port d’attache plus proche du noyau familial.

Rock Feliho: "On m’avait dit qu’il avait un gros potentiel, mais au début, ça n’était vraiment pas ça" 

Dès son arrivée au centre de formation, le Niortais est alors appelé à se frotter au groupe pro. "Ça a été un peu compliqué pour lui, se souvient Rock Feliho. On m’avait dit qu’il avait un gros potentiel, mais au début, ça n’était vraiment pas ça. (sourire) Il se faisait secouer de partout. Honnêtement, à l’époque, je ne sais pas si c’était l’appréhension ou la pression, mais je n’y croyais pas vraiment." Ce que le patron de la défense ligérienne ne sait pas encore, c’est que Nicolas Tournat est un orgueilleux. Du genre à ruminer son échec pour revenir plus fort. "Quand il est revenu, j’ai essayé de le pousser, et ça bougeait beaucoup moins. Là je me suis dit: « ah ? », rigole l’actuel capitaine du « H ». Nicolas a beaucoup de caractère. Au début, il a fallu le secouer un peu mais derrière il a vite appris."

Dès sa première saison, Thierry Anti l’invite même à participer au Final4 de la Coupe EHF, organisé à la maison. "À l’époque, on n’avait que peu d’occasions d’avoir une feuille de match à 16 joueurs. J’ai voulu le prendre sur ce Final4 pour lui montrer ce qu’était le haut niveau, et lui donner envie d’y arriver", explique son coach d’alors, qui l’intègre de plus en plus à ses entraînements, ainsi qu’en compétition officielle. Reste à tout de même gérer de front les études, et cette intégration dans le groupe pro. "Nicolas s’est toujours beaucoup battu, mais un peu moins sur les études", sourit sa compagne. Le patron est alors obligé de sévir. "Il devait repasser son Bac, et je tenais à ce qu’il l’ait, car il en avait les capacités, glisse Anti. On a été un peu alerté de son manque d’assiduité en cours, et on l’a puni d’entraînement avec l’équipe 1. Au final, il a eu son Bac."

Des retrouvailles en Ligue des champions ?

Passé pro dans la foulée, il est alors temps de polir le diamant, et ce formidable potentiel offensif. Pivot de position, le Niortais pèse inlassablement sur les défenses, tout en gobant chacune des offrandes de ses arrières. "On voit beaucoup cette patte qui attrape tout, mais derrière ça, il y a quand même énormément de travail, décrypte Rock Feliho. Et ça, il ne le doit qu’à lui-même. Il a charbonné pour en arriver là." Longtemps mis en lumière pour ses capacités offensives, le colosse y ajoute désormais la défense, pour devenir le joueur le plus complet possible. L’objectif ? Enfin s’installer en Bleus, où il ne grappille pour le moment que les miettes, derrière Cédric Sorhaindo, Ludovic Fabregas et Luka Karabatic. "Moi, j’ai ma petite idée sur sa place dans la hiérarchie des meilleurs pivots mondiaux. Mais je la garde pour moi, souffle son capitaine. Et si on ne regarde que l’attaque, en terme de patte, je ne vois pas qui fait mieux." De quoi laisser un immense vide à l’heure de tenter l’aventure à l’étranger, où il évoluera sous l’oeil de l’exigeant Talant Dushebaev, à Kielce.

"C’est un peu frustrant ce départ. Ça aurait été cool qu’il reste quand même. Il avait tout pour devenir le joueur phare du club. Il a le talent de handballeur, mais pas seulement. Nicolas c’est aussi un leader, quelqu’un qui est toujours là pour ses coéquipiers. Si tu tombes, il sera toujours là pour te relever. Et même si c’est un mauvais joueur et un râleur, il va vraiment manquer, sourit Feliho, qui attend désormais de retrouver son ancien élève en Ligue des champions, peut-être dans le tableau final. On saura enfin qui fait faute. Lui ou moi. On a jamais réussi à s’entendre sur ce point, heureusement que j’avais la prime à l’expérience. (sourire) Là, avec de vrais arbitres, ce sera peut-être différent. Je sais en tout cas que le jour où ça arrive, j’aurais pas mal de boulot." Sûr que, de leur côté, les supporters auront eux organisé un (nouvel) hommage à la hauteur du bonhomme…

Benoît Conta