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SUR LA ROUTE DE HUGO DESCAT

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SUR LA ROUTE DE HUGO DESCAT
26 décembre 2020
26 décembre 2020

Meilleur buteur de la dernière Ligue des champions, Hugo Descat a également retrouvé l’équipe de France cet automne. Une reconnaissance tardive pour le joueur de 28 ans, qui empile pourtant les buts depuis de longues années.

Pour explorer le parcours et la carrière d’Hugo Descat, nous avons choisi de remonter à une première date clé, celle de juin 2017. L’ailier gauche a alors 25 ans, et boucle sa dixième saison à Créteil avec 158 buts au compteur. Soit le deuxième meilleur bilan de la Lidl Starligue derrière la référence du poste, Uwe Gensheimer. Décidé à quitter son club formateur, le Cristolien est pourtant déçu. Les grosses cylindrées ne se bousculent pas au portillon, et c’est vers le Dinamo Bucarest, qualifié pour la Ligue des champions mais pensionnaire du faible championnat roumain, qu’il s’envole finalement. "Ça a été une déception, oui, confirme Ousmane Launay, l’un de ses plus proches amis. C’est quelque chose qui l’a piqué dans son amour propre.  

Mais alors, pourquoi Hugo Descat n’a-t-il à l’époque pas trouvé un club à la mesure d’un talent maintes fois démontré sur les parquets hexagonaux ? "Certains clubs avaient déjà leur numéro 1, comme Montpellier avec Michaël Guigou par exemple. Et Hugo, c’est un numéro 1 aussi ", avance Franck Chupin, son formateur à Créteil. "Il y a peut-être une question de salaire, glisse pour sa part son pote Ousmane. Mais je pense surtout qu’il a été victime de rumeurs sur sa réputation. Quand il est revenu à Montpellier, certains lui ont dit qu’ils avaient peur, qu’il avait la réputation de saboter un groupe, d’être néfaste pour l’esprit d’équipe. Pour moi, c’est ça qui a fait qu’il a dû s’exiler en Roumanie." Une piste que l’on a décidé de creuser, avec ses anciens entraîneurs. 

"Je ne vois pas quelqu’un qui peut le détester dans un groupe"

On reprend place dans notre machine à remonter le temps, et on revient au temps de l’école de handball, à Villiers-sur-Marne, en banlieue parisienne. "Quand il est arrivé, il n’avait rien d’exceptionnel. Il n’était pas plus grand ou plus rapide que les autres, se souvient Abel Rospide, son coach. En revanche, c’était un gamin très ludique, avec beaucoup de créativité. C’était un gamin qui aimait le ballon, et qui n’avait jamais peur d’aller au shoot." Un amour du jeu couplé à une volonté de fer. "Quand on l’a envoyé pour les sélections départementales, il n’a pas été pris, il était numéro 3 sur son poste. Mais l’un des deux s’est blessé, et Hugo est vite devenu incontournable, explique l’éducateur. Idem, il s’est ensuite présenté au Pôle, avec trois coéquipiers… et c’est le seul qui n’a pas été pris la première année. Il est arrivé un an plus tard… et c’est le seul qui a terminé le cursus.

Un caractère de battant et des qualités de finisseur qui tapent finalement dans l'œil des sélectionneurs nationaux. "Ce sont eux qui lui ont mis en tête qu’il devait quitter Villiers, alors que lui voulait finir son aventure avec ses potes. On venait de se qualifier pour le championnat de France, soupire le coach. Mais vu la suite, peut-être ont-ils eu raison, je ne sais pas…" La suite, ce sera à Créteil, où l’on va retrouver le même Hugo. "Sa qualité première, c’est que c’est un joueur de handball, au sens premier du terme, décrypte Franck Chupin, qui le prend sous son aile au centre de formation. Il est intéressé d’entrée sur ce que tu lui proposes au niveau de l’entraînement. Et il va tout faire pour gagner, même s’il doit tricher un peu. (sourire)" Un tempérament joueur, qui font de lui un élément incontournable dans un groupe. "Je ne vois pas quelqu’un qui peut le détester. Hugo c’est quelqu’un qui  a beaucoup d’humour, qui va vers les autres", ajoute son formateur.

Et maintenant les Bleus ?

Pour ce qui est de la réputation de joueur difficile à gérer, ses anciens entraîneurs passent donc leur tour. Circulez, il n’y a rien à voir. Reste donc le terrain, où Hugo Descat a pris pour habitude d’extérioriser sa joie, en n’hésitant pas à chambrer les gardiens adverses. "Il a toujours eu ce côté nargueur, confirme Chupin. Mais ce n’était pas de la méchanceté ou de l’arrogance. C’est sa manière d’être, il a envie d’être porté par le public." Reste que le comportement a pu agacer, et créer un personnage en décalage avec l’homme qu’il est au quotidien. "La réalité, c’est qu’en France, quand tu as un tempérament un peu chambreur, on te catalogue un peu. Il faudrait presque s’excuser quand on met un chabala, le défend son ami Ousmane. C’est un peu dommage. Si tu fais ça en NBA, on te dit que tu es génial." Sur ce point, l’ailier gauche a du coup choisi de mettre de l’eau dans son vin, et se contente la plupart du temps de serrer le poing. "Il a compris que ça lui portait préjudice", confirme son pote.

Un symbole de la nouvelle maturité acquise par le joueur en Roumanie, où il a rongé son frein durant deux ans. "Là-bas, il a compris que jouer en France était une vraie chance. Et puis il a aussi eu sa fille, ce qui l’a aussi calmé, souligne Ousmane Launay, évoquant au passage un autre versant de la personnalité de son ami. Hugo, "qui avait tendance à être un peu foufou, à aimer faire la fête. Mais il n’a jamais été dans les bagarres ou quoi que ce soit. C’est juste son petit grain de folie." Pas de quoi effrayer Patrice Canayer à l’heure de trouver le successeur de Michaël Guigou, en 2019, et ce malgré la réticence de certains membres du MHB, échaudés par la réputation accolée à l’ancien Cristolien. "Quand Canayer, l’un des meilleurs entraîneurs du monde, te donne de l’intérêt, tu n’hésites pas longtemps. Il n’en croyait limite pas ses yeux", sourit son acolyte.

Un peu plus d’un an et demi plus tard, le pari est en tout cas réussi. D’un point de vue sportif, Hugo Descat enchaîne les buts sur son aile gauche, terminant même meilleur buteur de la Ligue des champions la saison passée. "C’est Hugo quoi, sourit Franck Chupin. Ces performances-là, il les a toujours eues." Et dans le groupe héraultais, la greffe a parfaitement pris. "Certains coéquipiers lui ont avoué : «c’est n’importe quoi ce qu’on dit sur toi en fait, t’es un adorable dans un groupe»", rigole Ousmane. Reste désormais à pousser les portes de l’équipe de France, où il semble le meilleur spécialiste du poste à l’heure actuelle. "Patrice Canayer, qui est un peu comme un père pour lui, lui donne plein de petits conseils, et lui a dit que l’équipe de France viendrait forcément, conclut son camarade. S’il n’y était pas jusque-là, c’est qu’il y avait forcément un malentendu sur son caractère. Je pense que le message est désormais passé." Et la fusée Descat est prête à décoller…

Benoît Conta