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SUR LA ROUTE DE LUC STEINS

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SUR LA ROUTE DE LUC STEINS
20 mai 2021
20 mai 2021

S’il traverse le terrain à la vitesse de l’éclair, Luc Steins s’est montré bien plus patient à l’heure de construire sa carrière. Bien lui en a pris puisqu’à 26 ans, le voilà dépositaire du jeu de l’une des plus grosses cylindrées de la Ligue des Champions : le PSG. 

"Chacun a son chemin de développement." À l’heure de jeter un regard sur la trajectoire de Luc Steins, son ancien protégé, Benjamin Braux y voit une leçon à retenir pour certains jeunes joueurs. "Réussir, ça ne veut pas forcément dire jouer en Lidl Starligue à 17 ans, confirme l’actuel coach de Nancy. Parfois certains se trompent en allant directement dans une top équipe. Mais on peut aussi passer par la Proligue, par une équipe de bas de classement de Lidl Starligue avant de réussir à intégrer cette top équipe". Un parcours qu’a décidé d’emprunter Luc Steins, lui pourtant si rapide lorsqu’il enfile ses baskets. "Il a fait les bons choix", confie son ancien coach.

Pour le jeune Luc, tout démarre du côté de Voerendaal, dans la province de Limbourg, dans le sud-sst des Pays-Bas. Collé aux basques de son frère Ivo, de deux ans et demi son aîné, le petit bonhomme est du genre tenace. "Il a toujours été capable d’être compétitif avec moi, même si j’étais plus vieux et plus grand, sourit ce dernier, qui remarque bien vite la principale qualité du frangin. Quand j’avais envie de le choper pour lui faire payer ses bêtises, j’avais beaucoup de mal à le rattraper. Il était déjà trop rapide. Ou il est devenu rapide parce que je lui courais après, je ne sais pas. (sourire)" Les deux frères font leur bonhomme de chemin jusqu’à la franchise des OCI Lions, qui dispute la Coupe EHF lors de la saison 2015/2016. C’est là que le petit demi-centre, 1,73m sous la toise, entre dans le radar de Benjamin Braux, à la recherche d’un demi-centre pour son équipe de Massy. 

À Massy, "un vrai leader, quelqu’un qui était là pour gagner" 

Le technicien propose alors un essai au Néerlandais, histoire de mieux lui présenter le projet et de lui démontrer que c’est le tremplin idéal pour lui. "Il est arrivé à Massy sans aucun a priori, que ce soit positif ou négatif, se souvient Braux. Sur le terrain, il avait cette vitesse folle, mais aussi une grosse envie et une vraie culture du travail." Un mental de bosseur bien utile quand son coach lui ajoute des retours individuels après chaque match, le tout saupoudré de trois entraînements spécifiques (dont un en tête à tête !) en plus du programme collectif. "On en a passé du temps ensemble, détaille le coach. Il fallait qu’il travaille sur les rythmes de jeu, il allait toujours trop vite, il ne cassait pas les rythmes. En tant qu’ancien demi-centre, j’ai modestement essayé de lui apprendre à être meilleur tactiquement."

Et, rapidement, Luc Steins emporte l’adhésion de ses coéquipiers. "Il a été timide un temps, mais dès qu’il mettait le pied sur le terrain, on sentait un vrai leader, quelqu’un qui était là pour gagner", confirme Antoine Conta, ailier droit de Massy à l’époque. Finalement MVP de la saison de Proligue, le Néerlandais offre à Massy une montée en Lidl Starligue… un championnat qu’il découvrira cependant avec Tremblay, où il décide de suivre Benjamin Braux. "Il lui fallait une nouvelle étape, tout n’était pas stabilisé, il perdait encore beaucoup de ballons, explique l’entraîneur francilien, alors que son joueur s’adapte un peu plus doucement à son nouvel environnement. Le groupe était un peu différent, il arrivait avec un statut de joueur de Proligue. Et puis, il était très lié à moi, et le contexte n’était pas toujours simple." Un lien entre les deux hommes qui se coupe finalement en 2018, lorsque le joueur s’envole pour Toulouse, pour une nouvelle étape de son cheminement.

Le grand saut au PSG en novembre

Au sein d’une équipe plutôt portée par des petits gabarits, le lutin néerlandais enchante alors le début de saison du Fenix. "Il s'est vite intégré et a tout de suite pris ses responsabilités", confirme Pierrick Chelle. Et si la saison est amputée à cause de la pandémie de Covid-19, Toulouse et son jeu pétillant font leur retour en Coupe d’Europe. Un argument pour conserver la pépite, pour laquelle Philippe Gardent, le manager toulousain, dira, dans L’Equipe, avoir "repoussé les crotales". Mais ce n’est que partie remise puisque dès le mois d’octobre, le Paris Saint-Germain, qui vient de perdre Nikola Karabatic sur blessure, se met en tête d’attirer le meneur de jeu. Il faudra un mois de négociations, et un chèque évalué autour de 100 000 euros pour faire pencher la balance. Roi du changement de rythme, Luc Steins décide alors d’accélérer encore un peu, au moment de toucher du doigt son rêve.

"Il s'est adapté aussi vite qu'il court", glisse Nedim Remili, encore dans les colonnes de L’Equipe. Aux commandes du jeu parisien, l’ancien Massicois montre toutes ses qualités, et dynamise les montées de balle, tout en mettant parfaitement sur orbite ses talentueux arrières. "Il est difficile de dire qu’il rend les autres meilleurs vu les talents qu’il y a là-bas, mais il les sublime, décrypte Benjamin Braux. Il appréhende parfaitement le poids du ballon, c’est un vrai régal de le voir jouer." Une adaptation express facilitée par un caractère facile, qui a parfaitement trouvé sa place dans le vestiaire parisien. "Luc c’est un vrai bon mec. Il est adoré partout. Et puis il est très travailleur, et ça, un vestiaire le respecte", souffle son ancien entraîneur. 

Et maintenant MVP de Lidl Starligue ?

Preuve de son intégration réussie dans la capitale, le PSG a réussi à faire flancher Toulouse, avec qui il était sous contrat jusqu’en 2023, et Luc Steins va désormais prolonger son aventure parisienne jusqu’en juin 2024. "Depuis son arrivée, Luc Steins a su faire preuve d'une formidable adaptation. À un poste essentiel, il a rapidement fait l'unanimité au sein du groupe et son impact sur le jeu de notre équipe a été immédiat", a confirmé Jean-Claude Blanc, le directeur général délégué du PSG, au moment de sa prolongation. 

Reste désormais à finir cette saison en beauté. En passe de tout gagner sur le sol français, Coupe de France et Lidl Starligue, le Néerlandais peut-il remporter le titre de MVP, quatre ans après son trophée décroché en Proligue ? "Je ne sais pas s’il sera MVP, mais maintenant qu’il commence à défendre, et bien, sur le poste d’ailier, je vois un joueur très complet, capable d’accélérer le jeu, de faire des passes, de marquer ou de provoquer des penalties. Un joueur décisif, conclut Benjamin Braux. Alors je ne sais pas qui sera élu, mais il me semblerait normal d’au moins le voir dans les cinq meilleurs…"

Benoît Conta