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LA DOUBLE VIE D'ADRIEN DIPANDA

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LA DOUBLE VIE D'ADRIEN DIPANDA
5 février 2021
5 février 2021

Car il n’y a pas que le sport dans la vie, et qu’il faut préparer l’après, certains sportifs n’hésitent pas à se lancer dans un double-projet durant leur carrière. C’est le cas d’Adrien Dipanda, chef de sa propre entreprise, spécialisée dans la lutte contre les nuisibles.

"Je voulais juste profiter de mon jardin." L’aventure entrepreneuriale d’Adrien Dipanda démarre sur un constat tout simple, effectué à l’été 2014. "Avec ma femme, on avait notre maison sur Saint-Raphaël, et on s’est fait harceler par les moustiques. J’ai cherché une solution pour pouvoir faire face à ce problème, mais je n’ai rien trouvé, sourit l’arrière droit. C’est là que je me suis dit qu’il fallait que je me lance pour trouver une solution pour l’été suivant." Une décision naturelle pour celui qui a toujours eu dans un coin de sa tête l’idée de lancer sa boîte. "À l’époque, on ne jouait pas pas la coupe d’Europe et je n’avais pas l’équipe de France. J’avais pas mal de moments à la maison durant lesquels je n’avais rien à faire, explique-t-il. Ce n’était pas possible pour moi. J’avais 26 ans, et j’avais l’impression de perdre un peu mon temps."

L’idée posée sur la table, il faut ensuite tout mettre en place pour pouvoir éliminer tous ces moustiques dans la légalité. Une fois son statut d’auto-entrepreneur créé, le natif de Dijon effectue une formation pour avoir le droit d’acheter et manipuler les produits insecticides, et se lance dans son nouveau projet… en toute discrétion. "Je n’en ai parlé à personne, je ne savais pas encore si ça allait marcher et j’ai eu peur que ce soit mal pris, glisse celui qui met à profit son BTS en communication pour commencer à faire parler de lui dans les villas et copropriétés de la région. Au début, je me levais à 6h pour effectuer mes petits traitements chez les gens. Il fallait que j’arrive à intercaler ça avec les entraînements. Personne n’était au courant, et moi ça me plaisait pas mal."

Un jour partenaire du SRVHB ?

Un emploi du temps chargé qui n’empêche pas le joueur de performer, puisque cette saison-là, il est tout simplement élu meilleur arrière droit de Lidl Starligue, et intègre l’équipe de France. "Difficile de dire s’il y a un lien formel, mais moi je le pense, estime le joueur formé à Montpellier. C’est quelque chose qui m’a permis de me libérer sur certaines choses. Je savais désormais que j’étais capable de faire autre chose de ma vie. En gros, ça m’a permis de me dire: « allez, prends du plaisir sur le terrain, et ne t’inquiète pas pour la fin de ta carrière. »" Reste que son nouveau rayonnement sur les terrains devient de moins en moins compatible avec sa double activité. "A l’été 2016, j’ai travaillé sur mai et juin, et ensuite j’étais mobilisé sur la prépa olympique et je vais aux JO. Mais le téléphone, lui, continuait à sonner sans arrêt. (rires) Il y avait une vraie demande", se souvient l’international, qui décide de changer de braquet à son retour de Rio.

"J’ai appelé un ami d’enfance, Guillaume, et je lui ai dit qu’il y avait un potentiel, qu’il y avait la place pour monter un truc vraiment sérieux, se rappelle Dipanda. À l’époque, il habitait Nancy, et il a décidé de tout quitter pour venir ici." Finie l’auto-entreprise, place à Tiger Solution, avec la mise en place d’une structure en SAS. "C’était un autre niveau, il a fallu rencontrer des avocats, des comptables, avec des points que j’avais très peu abordés jusque-là, comme la compta ou la mise en place de contrats de travail, décrypte le chef d’entreprise, qui choisit également de diversifier son offre, avec la lutte contre tous les nuisibles, le traitement des bois, du débarras ou même de l’assainissement. "On a une structure viable avec un chiffre d’affaires de 250 000 euros par an, chiffre qui augmente chaque année. On a réussi à créer de l’emploi avec celui de mon associé, et plusieurs CDD. Ça tourne bien."

Et s’il n’a pas les mains dans le cambouis en permanence, Adrien Dipanda garde un oeil sur son bébé. "Si Guillaume gère pas mal de choses, j’ai aussi un certain stress au quotidien car il y a toujours des problèmes à traiter, que ce soit au niveau du personnel ou même récemment durant la crise qu’on a pu traverser, concède-t-il. Mais d’un autre côté, je n’ai plus du tout l’angoisse d’avancer vers ma retraite de sportif de haut niveau. Je sais que je suis capable de faire quelque chose de mes dix doigts." Alors que son contrat court pour le moment jusqu’en juin 2024, l’international tricolore a même une petite idée derrière la tête. "On est encore un peu petit pour le moment, mais j’aimerais bien devenir partenaire de mon club un jour. Devenir le premier handballeur/partenaire, ça me dirait bien", s'amuse-t-il pour conclure. Les piqûres de moustiques de l’été 2014 sembleront alors bien lointaines…

Benoît Conta