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GRANDES RÉTROS : LE MONDIAL 1995
13 juillet 2020
13 juillet 2020

Made in Hand vous propose de replonger dans les plus grandes rencontres des équipes de France. Aujourd'hui, nous avons rendez-vous en 1995, lors de l'épopée des « Barjots » en Islande.

C'est en Islande, il y a un quart de siècle, que l'équipe de France de handball a écrit l'une des plus belles pages de son histoire. Révélés trois ans en arrière, lorsqu'ils étaient revenus bronzés des Jeux de Barcelone à la surprise générale, les Français s'étaient posés au début du mois de mai sur cette petite île d'environ 350 000 habitants émergeant des eaux de l'océan Atlantique nord. Forts d'une préparation sérieuse, effectuée sur une autre île bien plus au sud, celle de Lanzarote, dans les Canaries, les hommes de Daniel Costantini ont alors tout ce qu'il faut pour apporter à la France son premier titre mondial dans un sport collectif. Mais les premières rencontres de ce tournoi mondial laissent apparaître des fissures au sein d'un collectif désuni. Les joyeux lurons, pas surnommés les « Barjots » pour rien, passent beaucoup (trop) de temps à s'amuser, au grand désespoir de leur sélectionneur. Les désaccords entre certains joueurs débouchent même sur de vives prises de becs. Le collectif, si on pouvait le qualifier ainsi tant il débordait d'egos, est en fait au bord de l'implosion.

Ces problèmes de comportement rejaillissent sur le terrain. En roue libre en dehors, les Bleus peinent à performer sur le terrain. Deux défaites lors du premier tour, concédées contre l'Allemagne et la Roumanie à chaque fois sur le score de 22 à 23, traduisent les soucis de cette équipe de France. Avant de débuter la phase finale, Denis Lathoud, l'un des leaders du groupe, décrète une réunion d'urgence, seulement entre joueurs, afin de crever l'abcès. Ce debriefing musclé va porter ses fruits. Quelques heures plus tard, dans la minuscule salle d'Akureyri, devant 450 spectateurs, l'équipe de France, dont le maître à jouer Jackson Richardson sera retenu dans le sept majeur du Mondial, se débarrasse de l'Espagne (23-20), l'une des favorites pour le titre. ''Ce match c’est le déclencheur car d’un coup on a commencé à mieux jouer et on à déroulé, se souvient sur le site de la Fédération Française Stéphane Stoecklin, le meilleur buteur des Bleus lors de ce Mondial (48 buts). Contrairement à la première semaine, on n’a jamais eu peur ensuite. Au point qu’on aurait pu nous mettre n’importe qui en face, on aurait gagné.''

L'apothéose des Barjots

De retour ensuite à Reykjavik, où ils avaient disputé leurs matchs de poules, les Tricolores confirment leur renouveau : ils martyrisent d'abord les Suisses (28-18) puis prennent leur revanche sur les Allemands (22-20) pour s'ouvrir les portes de la finale. Deux ans après avoir échoué en Suède sur la dernière marche, dans ce qui était la première finale mondiale pour le handball français, les partenaires de Pascal Mahé, le capitaine d'un navire navigant désormais dans des eaux plus calmes, ne veulent pas revivre la désillusion de Stockholm. Cette fois ce n'est pas l'URSS qui de dresse sur sa route mais la Croatie, pas moins dangereuse après avoir sorti les favoris suédois en demi-finales. Comme les Français, les Croates s'appuient sur de nombreuses individualités, à l'instar du talentueux ailier droit Irfan Smajlagic, bien connu en France pour être passé par Ivry et l'USAM Nîmes entre 1990 et 1994. Mais ce 21 mai, devant près de 5 000 spectateurs, ce sont les Bleus qui vont imposer leur maîtrise dans le sillage d'un Stéphane Stoecklin déchaîné (8 buts).

Avec Guéric Kervadec et Grégory Anquetil sur le terrain, deux jeunes montés en grade durant la compétition au point d'éclipser les trentenaires Philippe Gardent et Thierry Perreux, même pas sollicités pour ce dernier acte, l'équipe de France va étouffer son adversaire. A la mi-temps, après avoir concédé seulement six buts, les « Barjots » ont pris le large (11-6, 30ème). Un avantage qu'ils sauront défendre en seconde période pour aller chercher le seul métal qu'il leur manquait encore, l'or (23-19). Un titre, le premier pour le handball français, qui en appellera beaucoup d'autres. Mais pas pour cette génération aussi géniale que loufoque, pionnière à bien des égards, mais dont la fin s'écrira une année plus tard sur le sol américain, lors des Jeux olympiques d'Atlanta. Ce qui donne encore plus de charme à cette fabuleuse escapade islandaise. 

Par Régis Aumont