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GRANDES RÉTROS : ALLEMAGNE-FRANCE (MONDIAL 2007)
25 juin 2020
25 juin 2020

Made in Hand vous propose de replonger dans les plus grandes rencontres des équipes de France. Aujourd'hui, on retourne en 2007, à Cologne, lors de la mémorable demi-finale du championnat du monde face à l'Allemagne. 



Il y a des défaites qui font plus mal que d'autres. Celle de l'équipe de France, concédée face à l'Allemagne le 1er février 2007, en fait partie. Ce jour-là, la KölnArena, devenue depuis la Lanxess Arena, où se dispute chaque année depuis une décennie le Final4 de la Ligue des champions, est le théâtre de la première demi-finale du championnat du monde. Un choc haut en couleurs entre le pays organisateur, symbole de la superpuissance économique du handball, et une équipe de France prometteuse, sacrée championne d'Europe pour la première fois douze mois plus tôt en Suisse. Le match, disputé devant 19 000 supporters presque tous acquis à la cause de la Mannschaft, sera équilibré de la première à la...quatre-vingtième minute puisque ce n'est qu'à l'issue d'une deuxième prolongation que le nom du vainqueur sera connu.

Les Bleus, dont le capitaine est alors Olivier Girault, vont courageusement résister tout au long de la partie à dans un environnement rendu encore plus compliqué par la paire d'arbitres suédois qui officie ce jeudi soir. Avec dans ses rangs les leaders de la nouvelle génération (Karabatic, Guigou, Abalo), les Français virent même en tête d'une petite longueur à la mi-temps (11-12, 30ème). Ce petit avantage, les hommes de Claude Onesta, lequel avait sauvé sa tête lors de l'Euro 2006, l'auront toujours jusqu'à vingt secondes de la fin du match. Mais les Allemands, rageurs et programmés pour devenir champions du monde à domicile, vont parvenir à égaliser par l'intermédiaire de Markus Baur et ainsi pousser les acteurs à disputer une première prolongation (21-21, 60ème). Une nouvelle fois, l'équipe de France, malgré quelques coups de sifflets incompréhensibles, va se retrouver dans la dernière minute en position de se qualifier pour la finale. Mais le longiligne gaucher Holger Glandorf va sauver l'Allemagne. A lors que son équipe se retrouve encore avec un petit but de retard, l'arrière va envoyer deux Français sur les fesses avant d'ajuster Thierry Omeyer (27-27, 70ème). Dans une salle devenue hystérique, le spectacle va encore être rallongé de dix minutes...

Le but égalisateur de Guigou injustement refusé

Mais dans cette deuxième prolongation, ce sont les Bleus qui vont se retrouver dans la situation de devoir marquer pour ne pas perdre après un jet de 7 mètres transformé par l'infernal Markus Baur à 90 secondes du buzzer. Mais quand la passe de Nikola Karabatic pour Michaël Guigou se transforme en perte de balle, les carottes semblent cuites pour des Tricolores pourtant héroïques. Sauf que ce même Guigou va réussir une action incroyable. En interceptant le ballon au centre du terrain d'abord, puis en réussissant un dribble en équilibre avant d'enclencher un tir lointain en tombant que le grand Hening Fritz ne pourra pas arrêter ! Alors qu'il ne reste qu'une poignée de secondes à jouer, l'équipe de France est revenue à 32-32 et la séance de penalties semble inéluctable. Sauf que, dans un brouhaha démentiel, les arbitres vont décider de refuser le but. Pour quelle raison ? Une soi-disant faute préalable d'un joueur allemand. Alors que le banc des Bleus est à la limite de l'implosion, le ballon est rendu aux Français. Mais les deux derniers tirs de Daniel Narcisse seront repoussés et les Bleus, dévastés et incrédules devant des tribunes en liesse, sont éliminés au terme d'une rencontre d'une intensité extraordinaire (32-31, a.2.p).

Sans surprise, la défaite va avoir beaucoup de mal à passer. Et les réactions françaises sont sans équivoque. ''Nous ne sommes pas en finale à cause de décisions aberrantes et partisanes des arbitres qui ont fait basculer le résultat'', soulignera dès le lendemain la Fédération Française. ''On a fait ce qu'il fallait, il fallait être très fort pour résister à 20 000 supporters. On n'a pas réussi à résister à 2 arbitres. C'était trop..., ironisera Claude Onesta, furieux et extrêmement remonté contre les instances de son sport après ce malheureux épisode. Tout le monde sait que les Allemands tirent les ficelles à la Fédération internationale, osera-t-il asséner avec le franc-parler qu'on lui connaît. Ils font partie de toutes les commissions. Ils dictent leur loi, imposent leurs vues. C’est une mafia.'' Le futur capitaine de l'équipe, Jérôme Fernandez, dira même plus tard que cet Allemagne-France ''est le plus gros vol de l’histoire du handball international, peut-être même de l’histoire du sport.''

Brisés, les Français exploseront en vol trois jours plus tard face au Danemark lors du match pour la médaille de bronze (27-34). Les Allemands, eux, iront au bout de l'aventure en dominant la Pologne en finale (29-24). S'il y a eu un réel traumatisme pour le handball français à l'issue de ce championnat du monde, l'équipe de France a merveilleusement su se servir de cet échec pour rebondir. Les années suivantes s'écriront en bleu, blanc et rouge, avec des joueurs revanchards dont l'immense talent finira par être récompensé à sa juste valeur.

Par Régis Aumont