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SUR LA ROUTE DE LUDOVIC FABREGAS

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SUR LA ROUTE DE LUDOVIC FABREGAS
21 avril 2021
21 avril 2021

À seulement 24 ans, Ludovic Fabregas est un pilier de l’équipe de France depuis près de quatre ans. La preuve de la formidable capacité d’adaptation du pivot catalan, qui a franchi sans sourciller tous les obstacles entre Banyuls, sa ville d’origine, et Barcelone.

"Une machine." À l’heure de décrire son joueur, Xavi Pascual, le coach de Barcelone, ne passe pas par quatre chemins. "Ludovic Fabregas est un animal, sourit le technicien. Et il a encore une belle marge de progression." Un discours qui poursuit le pivot catalan depuis que ce dernier a décidé de tenter sa chance dans le handball de haut niveau. Une volonté qui ne poursuit cependant pas le natif de Perpignan depuis sa plus tendre enfance. Non, le truc qui occupe d’abord les week-ends chez les Fabregas, c’est le vélo-trial. Les frangins, Ludovic et Alexandre, multiplient les kilomètres et les compétitions, et sont même sacrés champions d’Europe et du monde dans les catégories jeunes. Le problème du vélo-trial, c’est que ce n’est pas vraiment un sport qui laisse les grandes carcasses s’exprimer bien longtemps. "Le vélo devenait de plus en plus petit", rigole d’ailleurs le principal intéressé. 

Ce sera donc le handball avec les copains, à Banyuls, où il évolue arrière, tout en tâtant un peu de rugby et même un peu de tennis. C’était sans compter sur le grand frère, parti poursuivre ses études à Montpellier, où il côtoie Rémi Desbonnet, Mathieu Grebille ou Baptiste Bonnefond. "J’ai dit à Ludo de passer un week-end avec moi, histoire d’assister à un entraînement du centre. C’est là qu’il a tout découvert, et qu’il s’est peut-être dit qu’il avait les capacités pour tenter sa chance, se souvient Alexandre. J'avais pu voir la génération 96, sa génération, et je me suis dit qu’il avait peut-être le potentiel. À l’époque, il jouait arrière gauche, et il n’aurait pas eu la culture handball pour réussir à ce poste. Mais, de par son physique, je me suis dit qu’au poste de pivot, ça pouvait être intéressant." S’en suit alors un mois de travail au poste, et le jeune Catalan passe (et réussit) les tests d’entrée au pôle espoirs.

Xavi Pascual:  "Ludo me fait un peu penser à Niko (Karabatic)"

Le joueur est alors brut de décoffrage, sorti de sa Catalogne sans beaucoup d’armes pour s’en sortir dans le handball de haut niveau. "Quand il est rentré au pôle, c’était clairement le moins bon, il n’avait aucune culture handball", confie son frère. Mais si ses armes sont peu nombreuses, il en possède deux qui vont vite lui permettre de sortir du lot. La première ? Un physique hors-norme. "Il aimait défendre, aller au duel, c’était tout ce qu’il avait", ajoute le frangin. Mais la principale arme du Banyulenc reste ce mental à toutes épreuves et cette capacité à enregistrer la moindre information. "Le mental, la culture du haut niveau, il l’avait déjà grâce au trial. Ludovic était mentalement prêt à affronter les entraînements quotidiens, suivre les cours, se lever tous les jours, aller à la muscu, poursuit Alexandre Fabregas. Et puis il a cette capacité d’analyse et de compréhension qui sont franchement bluffantes.

Un discours que l’on retrouve chez Patrice Canayer, qui fait bien vite appel à sa jeune pépite, alors qu’il n’a que 17 ans. "Ludovic est un joueur exceptionnel car il apprend très vite. Il fait une connerie, il emmagasine et il ne la refait pas. C'est fort, vraiment très fort", synthétise le patron du MHB, où Ludovic va vite griller les étapes jusqu’à l’apothéose et la victoire en Ligue des Champions, en 2018, à seulement 21 ans. Entre temps, le pivot a tout de même pris le temps de remporter le Mondial 2017, en étant là encore l’un des piliers de la défense tricolore. "Ludovic est un joueur que les entraîneurs ne peuvent qu’aimer entraîner, note son sélectionneur de l’époque, Didier Dinart. Il sait rester à sa place, et il travaille, conscient des étapes qui lui restent à franchir." Reste qu’à désormais 24 ans, on s’est demandé les paliers qui pouvaient bien rester à franchir à celui qui fait désormais figure d’incontournable à Barcelone.

Qui de mieux que Xavi Pascual pour répondre à cette question ? "Il lui reste une petite marge de progression sur le plan tactique, même s’il a déjà une forte compréhension du jeu collectif, et de savoir quand il doit jouer pour lui ou ses coéquipiers, souffle le technicien catalan, qui pointe ensuite un secteur dans lequel Ludovic Fabregas peut encore étancher sa soif de progression: celui du leadership. Pour commencer, quand on pense leader, il faut s’enlever de la tête ce leader qui l’est par la voix. Ludo ne sera jamais celui-là. Il me fait en revanche un peu penser à Niko (Karabatic) : c’est le premier à travailler, à montrer l’exemple. C’est un joueur irréprochable, que ce soit sur ou en dehors du terrain. Il est donc capable d’exiger des autres d’être à 100%, car lui-même se donne à 100%. Il y a donc de la matière chez lui pour devenir un grand leader. Mais ça se travaille, ce n’est pas quelque chose qui te tombe dessus." Si ce n’est qu’une question de travail, on peut donc faire confiance à la machine…

Benoît Conta