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GRANDES RÉTROS : FRANCE-HONGRIE (MONDIAL 2003)
18 mai 2020
18 mai 2020

Made in Hand vous propose de replonger dans les plus grandes rencontres des équipes de France. Aujourd'hui, nous faisons un bond en arrière, en 2003, lors de la mémorable finale du championnat du monde.



Si le terme remontada a fait le tour du monde un soir de mars 2017, après un renversant Barcelone-PSG en Ligue des champions de football, d'autres remontées fantastiques ont marqué l'histoire du sport. L'une des plus folles concerne le handball et implique l'équipe de France féminine. Nous sommes fin 2003, le 14 décembre, jour du dénouement du championnat du monde organisé en Croatie. Quatre ans après leur première finale mondiale, perdue d'un petit but contre la Norvège, les Bleues, citées parmi les grandes favorites, sont de retour sur la dernière marche. Elles se retrouvent cette fois-ci face à la Hongrie, un adversaire brillant et imprévisible qui, en 2000, a cumulé un titre de champion d'Europe et une finale olympique.

Les Françaises, tombeuses des Ukrainiennes après prolongations en demi-finales (28-26), ont conscience de la difficulté qui les attend. D'ailleurs, ce dernier match du tournoi va longtemps ressembler à un cavalier seul des Hongroises, soutenues par une horde de supporters venus à Zagreb en voisins. Protégées par une muraille, Katalin Palinger, qui effectuera 26 arrêts (!), les Magyares roulent sur les Tricolores. En échec pendant plus des trois-quarts de la rencontre, les filles d'Olivier Krumbholz sont menées de sept buts à...sept minutes de la fin de la finale (18-25). La médaille d'or va une nouvelle fois les fuir. ''C’est vrai qu’à moins 7 à sept minutes de la fin, je n’y crois plus, concédera plus tard le sélectionneur de l'équipe de France. Quand on connaît un peu le hand, dans ce genre de situation, on sait qu’on n’a plus aucune chance.''

La tactique du désespoir s'avère gagnante

Mais les Françaises sont des battantes et leur coach, quitte à mourir, entend le faire les armes à la main. Il demande à ses joueuses de défendre plus haut et d'exercer un pressing de tous les instants. A ce moment-là, celui qui sera à l'origine de toutes les belles conquêtes de l'équipe de France espère seulement bien finir. Mais sa tactique porte rapidement ses fruits. Les Bleues récupèrent de nombreux ballons et les font fructifier. L'écart se réduit petit à petit. De six à cinq buts, puis quatre puis trois... Et à 1'20 du terme de la finale Sandrine Delerce ramène les siennes à deux petites unités (26-28, 58ème). Le chemin est encore long mais l'espoir est revenu sur le visage des Françaises. Les Hongroises, elles, se crispent. Après avoir survolé les débats, s'être déjà vues en train de soulever le trophée, les voilà à la merci d'un impensable retour. Et c'est ce qu'il va se passer. Les Tricolores vont revenir à un but après un nouveau ballon récupéré et propulsé dans les filets par Stéphanie Cano (27-28, 59ème). Les Hongroises ont encore trente secondes pour faire tourner et ne pas offrir une ultime occasion aux Françaises.

Les secondes s'égrainent. L'incroyable retour des Bleues va rester inachevé. Du moins c'est ce que l'on croit jusqu'à ce que Myriam Borg-Korfanty ne gratte un énième ballon. Il reste alors une poignée de secondes et après trois transmissions Véronique Pecqueux-Rolland se retrouve en position de marquer. Consciente du danger, Anita Gorbicz, la formidable meneuse hongroise, décide de s'interposer violemment au niveau du cou de l'emblématique pivot tricolore. Carton rouge pour la demi-centre et penalty pour la France alors que le temps est écoulé. Myriam Borg-Korfanty se saisit du ballon mais c'est Leïla Lejeune qui va hériter de la patate chaude. Assez peu en réussite dans ce match, l'arrière gauche réunionnaise va prendre ses responsabilités. Son tir à mi-hauteur transperce Pallinger. En signant un 10-3 en 420 secondes, l'équipe de France a accompli un incroyable exploit. Chose inimaginable un quart d'heure plus tôt, cette finale va se décider en prolongations.

Et là très vite l'ascendant pris par les Bleues va se confirmer. Atteintes psychologiquement, les Hongroises ne vont marquer qu'un seul but dans les dix minutes supplémentaires. Leurs si bruyants supporters se sont murés dans le silence, laissant les quelques Français ayant fait le déplacement jusqu'à Zagreb faire entendre leurs voix. La fin de cette opposition mémorable se solde sur une victoire 32-29 des Françaises qui décrochent ainsi leur premier titre de championne du monde. Elles mettront un certain temps ce jour-là à réaliser ce qu'elles sont parvenues à faire. Dix-sept ans après, cela semble encore inimaginable.

Par Régis Aumont