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GRANDES RÉTROS : CROATIE-FRANCE (MONDIAL 2009)
25 mai 2020
25 mai 2020

Made in Hand vous propose de replonger dans les plus grandes rencontres des équipes de France. En ce début de semaine, nous vous proposons de revenir en 2009, à l'occasion de la finale du championnat du monde face à la Croatie, le pays hôte.

Zagreb. Son Arena. Plus de 15 000 supporters, la plupart bariolés de drapeau à damiers rouge et blanc sur le visage. Des sifflets. Des jets de ''projectiles''. En contre-bas des tribunes, les Français, sur le terrain pour affronter le pays hôte en finale du championnat du monde de cette année 2009. Nous sommes le 1er février. Cinq jours plus tôt, les deux finalistes ont livré un premier duel. Sans véritable enjeux, lors du dernier match du tour principal alors que les deux équipes, auteurs d'un parcours sans accroc jusque-là, étaient déjà assurées d'intégrer le dernier carré du tournoi. Les Croates s'étaient alors imposés 22-19 lors d'une rencontre durant laquelle les deux sélectionneurs s'étaient bien gardés de dévoiler tous leurs atouts. Après des succès respectifs sur la Pologne (29-23) et le Danemark (27-22), Croates et Français se retrouvent donc ce dimanche pour la finale rêvée.

La Croatie, portée par tout un peuple, compte dans ses rangs une multitude d'individualités qui font le bonheur des plus grands club d'Europe (Balic, Duvnjak, Metlicic, Cupic, Lackovic...). La France, championne d'Europe en 2006 et médaillée d'or olympique six mois plus tôt à Pékin, en est au début de sa longue période de domination et devient petit à petit l'équipe à battre. Ce duel est aussi celui des deux meilleures défenses du tournoi. Les premiers contacts sont d'ailleurs plutôt virils, chacun des deux camps souhaitant marquer son territoire. Les Croates, coachés par le maître tacticien Lino Cervar, impriment un faux-rythme qu'ils maîtrisent parfaitement. Mais les Bleus y sont préparés, comme à l'hostilité du public. Je me rappelle les portables et les piles qui tombaient sur le terrain, se souvenait près de dix ans plus tard Cédric Sorhaindo, l'un des quatre Français avec Nikola Karabatic, Michaël Guigou et Luc Abalo à porter aujourd'hui encore la tunique tricolore. Le public qui pousse son équipe. Ce sont des fanatiques." La tension est à son comble, et cela va durer pendant une heure.

Karabatic tient tête à Balic, c'est la France qui résiste

"Dans la salle, c’était un bazar innommable, raconta un jour le DTN Philippe Bana, dans des propos relayés sur le site de 20 minutes. Ça crie, on s’entend pas parler, Claude Onesta n’arrive pas à coacher…" La première demi-heure est très serrée. Les Français, forcément gênés par l'environnement, s'accrochent, se battent, sentent aussi qu'il ne faut surtout pas laisser les joueurs locaux prendre l'ascendant psychologique. Menés d'un petit but (11-12) au moment de rejoindre les vestiaires sous les huées, Jérôme Fernandez et ses partenaires restent soudés dans l'adversité. La rencontre sera toujours tout aussi indécise à un quart d'heure de son dénouement. Mais c'est à ce moment-là, alors que le score est de 18-18, qu'un événement va la faire basculer.

Alors qu'il essaie de se frayer un chemin vers le but, Ivano Balic, en pleine extension, se fait repousser par Nikola Karabatic. Le maître à jouer croate, peu en réussite depuis le début de la partie, laisse ressortir sa frustration et vient coller son front sur celui de l'arrière tricolore. Karabatic, né pas si loin de là vingt-cinq ans plus tôt, dans cette ex-Yougoslavie désormais morcelée, ne recule pas d'un centimètre. L'image est forte, symbolique, et augure finalement du dénouement de ce championnat du monde.

Les Français, resserrés autour de leur roc défensif Didier Dinart, vont aller chercher dans cette nouvelle provocation un surplus de motivation. L'inverse semble se produire dans les rangs de la formation des Balkans. Comme si l'échec de l'ultime tentative d'intimidation d'Ivano Balic, sur la nouvelle star mondiale qu'il était quelques années plus tôt, allait marquer leur chute. Car ce sont tous les joueurs croates qui vont perdre pied dans ce dernier quart d'heure. Pendant que Michaël Guigou, le meilleur joueur de cette finale (10 buts), continue d'alimenter le tableau d'affichage, la Croatie ne parvient plus à percer la défense française. En quinze minutes, Thierry Omeyer ne va concéder qu'un seul but et la France finir sur un 6-1 pour aller chercher sa troisième étoile après les titres mondiaux de 1995 et 2001. Une finale gravée à jamais dans l'histoire de cette équipe. Désormais champions olympiques et du monde en titre, les Français ont définitivement dépasser le maître croate. La finale de l'Euro 2010, entre les mêmes protagonistes une année plus tard à Vienne, viendra le confirmer.

Par Régis Aumont