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GRANDES RÉTROS : FRANCE-ALLEMAGNE (JO 2016)
12 mai 2020
12 mai 2020

Made in Hand vous propose de replonger dans les plus grandes rencontres des équipes de France. Aujourd'hui, nous voilà de retour en 2016, lors de la demi-finale France-Allemagne des Jeux olympiques de Rio. 


 

En ce 19 août 2016, jour de la demi-finale France-Allemagne du tournoi olympique masculin, impossible de ne pas ressasser le passé. Neuf ans plus tôt, sur les terres du pays du handball, les Français avaient été privés de la finale du championnat du monde par ces mêmes Allemands à l'issue d'un match mémorable. Une opposition qui avait aussi fait couler beaucoup d'encre tant les décisions arbitrales avaient toutes semblé à l'avantage du pays organisateur. Et au final, pour les joueurs tricolores, une question restée sans réponse : comment le but égalisateur de Michaël Guigou inscrit en toute fin de deuxième prolongation avait-il pu être refusé. La plaie fut longue à se refermer pour de nombreux acteurs de ce triste épisode parmi lesquels certains se retrouvent en cette chaude journée d'été sur le terrain de la Future Arena de Rio, près de dix ans plus tard, pour en découdre une nouvelle fois avec leurs meilleurs ennemis.

Après un tour préliminaire très sérieux, seulement entaché d'une défaite contre la Croatie (28-29), et un quart de finale bien terminé face au Brésil (34-27), les partenaires de Thierry Omeyer sont bien dans leur tournoi. Mais leur adversaire du jour a engrangé de la confiance. L'Allemagne est championne d'Europe depuis six mois et confirme au Brésil son renouveau après un passage à vide de quelques années au niveau international. La démonstration de force des hommes de l'entraîneur islandais Dagur Sigurosson deux jours plus tôt face au Qatar (34-22) n'a pas manqué d'alerter les Français. C'est peut être pour cela que la France se met d'entrée de jeu dans le rythme d'une demi-finale olympique. Autour du binôme défensif formé des pivots Luka Karabatic et Ludovic Fabregas, âgé de seulement 20 ans, l'équipe de France fait front. Après dix minutes très physiques, les Bleus, médaillés d'or à Pékin et à Londres respectivement huit et quatre ans plus tôt, n'ont encaissé que trois buts et se sont installés aux commandes de la partie (6-3, 10ème).

Une avance de sept buts réduite comme une peau de chagrin

Pendant longtemps, les joueurs de Claude Onesta, l'artisan de tous les succès depuis une décennie, sont en contrôle. Ils possèdent encore cette avance de trois buts à la mi-temps (16-13). Un gros coup d'accélérateur au retour des vestiaires les place sur la voie royale pour rejoindre le Danemark en finale. A 22-15 au tableau d'affichage et vingt minutes à jouer, tous les feux sont au vert. Mais les Allemands, avec l'énergie du désespoir, vont se remettre en selle. Dans les pas d'un Uwe Gensheimer inârretable (11 buts), ils trouvent enfin la faille dans la défense tricolore. Les Allemands marquent à neuf reprises en à peine plus de dix minutes, et l'avance de l'équipe de France s'est réduite comme une peau de chagrin (26-24, 52ème). Le doute s'est immiscé sur le visage des Bleus, pas du tout sereins à l'attaque du money-time. La dynamique a changé de camp. Les actions françaises sont de plus en plus poussives. Et lorsque, à 65 secondes de la fin du match, l'ailier Tobias Reichmann, habituel buteur du club polonais de Kielce, remet les compteurs à zéro (28-28), le banc de l'équipe de France est en apnée.

Mais la balle de match est dans les mains de Nikola Karabatic et de ses partenaires. Sur le terrain, côté français, l'expérience ne manque pas dans cette fin de match irrespirable. Outre le meilleur joueur tricolore, Daniel Narcisse, Luc Abalo ou encore Cédric Sorhaindo sont encore là, prêts à sauver la patrie. C'est justement ce que l'un d'entre eux va réussir à faire suite à un ultime jet-franc enclenché à neuf secondes du coup de sifflet final. Sur cette possession, Cédric Sorhaindo transmet à Valentin Porte qui redouble avec Nikola Karabatic avant de transmettre le ballon à Daniel Narcisse. La suite appartient au joueur réunionnais. "Niko annonce un schéma dans les dix dernières secondes qu’on n’avait plus utilisé depuis je ne sais combien de temps. A ce moment là, je me dis « Merde, qu’est ce qui fout ?»". Quand il récupère le ballon, ''Air France'' n'a plus le temps de se poser de question. "Je regarde le gardien, j’étais poussé, je pars du côté droit, je sais que le gardien va venir sur ce côté-là et je tire croisé." Sur les fesses, le gardien Silvio Heinevetter ne peut que constater les dégâts. A 36 ans, Daniel Narcisse vient de propulser les Bleus en finale des Jeux pour la deuxième fois de suite.

S'en suit alors des courses folles aux quatre coins du terrain, des scènes de liesse, des embrassades, sous les yeux humides des joueurs allemands dépités, crucifiés alors qu'ils croyaient avoir réussi à inverser la tendance. Neuf ans après le cauchemar de Cologne, les Français tiennent une sorte de petite revanche, en s'imposant à leur tour d'un petit but (29-28) pour s'ouvrir les portes d'une nouvelle finale dans une grande compétition internationale. Malheureusement pour eux, le scénario sera moins idyllique quarante-huit heures plus tard face au Danemark...

Par Régis Aumont