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LA PEUR DU VIDE
15 mai 2020
15 mai 2020

Dans un contexte sanitaire encore très incertain, la solution de débuter la prochaine saison à huis clos est-elle envisageable pour les clubs de Lidl Starligue ?

En Angleterre, les dirigeants de la Premier League, le championnat de football le plus riche au monde, ont réfléchi à la possibilité d'une saison 2020-2021 disputée entièrement à huis clos. L'incertitude quant à l'évolution de la pandémie du Covid-19 pousse les clubs de sport à envisager de nombreuses hypothèses de reprise. Celle de devoir jouer pendant un moment sans spectateurs est évidemment étudiée de très près par les différents acteurs. Serait-ce possible au handball ? Pourrait-on imaginer la Lidl Starligue se dérouler à huis clos pendant plusieurs semaines voire plusieurs mois ? Alors que les échanges ne cessent de se poursuivre en parallèle de l'actualité sanitaire, les premiers constats sont établis. ''Seul le foot et le rugby ne sont pas très inquiets par une reprise à huis clos'', nous avertit d'emblée Julien Deljarry, le président du club de Montpellier depuis bientôt un an.

Deux sports dont les droits télé représentent une part importante dans les budgets des équipes, ce qui est loin d'être le cas au hand. ''Ce ne sont pas les droits télé qui nous font vivre'', explique de son côté Eric Poignant, le président du club de Créteil, qui reçoit, comme les treize autres pensionnaires de l'élite, 160 000 euros par saison de la part de beIN Sports, le diffuseur exclusif de la Lidl Starligue. Pour le dirigeant de la formation val-de-marnaise, dont le budget pour l'équipe première avoisinait les 2.6 millions d'euros cette saison, jouer devant des sièges vides est ''inimaginable''. ''Financièrement, on souffrirait énormément. On n'intéresserait plus beaucoup de partenaires privés puisqu'on n'aurait plus grand-chose à leur vendre.'' A Créteil, les recettes provenant des partenaires privés équivalent à peu près à 25% du budget. C'est un petit peu plus élevé du côté de Montpellier, environ 30%, où le budget, le deuxième de l'élite, était de 8.2 millions d'euros pour l'exercice 2019-2020.

''Ce serait catastrophique'' (Julien Deljarry, président du MHB)

Pour le MHB, évoluer dans un Bougnol vidé de ses supporters semble tout aussi périlleux. ''Pour nous ce serait catastrophique'', prévient Julien Deljarry, le successeur de Serge Granger. Dans l'Hérault, différents scnéarii de reprise à huis clos ont d'ailleurs été envisagés. ''Si on devait jouer dans une salle vide jusqu'à la fin de l'année, on a estimé qu'on terminerait la saison avec un déficit de 1.5 million d'euros, confie le président du club héraultais. Au-delà ce n'est même pas la peine de l'imaginer.'' Les inquiétudes sont réelles. ''On ne pourra pas s'en sortir dans ces conditions sans aides de l'état'', poursuit le jeune dirigeant. ''La billetterie, les abonnements, les ventes à la boutique représentent à peu près 25% des revenus du club.'' Sans ces rentrées d'argent, le club languedocien, lequel a ''pu limiter la casse sur cet exercice'' malgré une saison arrêtée début mars, se retrouverait forcément en difficulté.

''Même devoir disputer le début de saison à huis clos n'est pas envisageable'', tranche Eric Poignant. Au-delà des considérations économiques, le président de l'USCHB ne comprendrait pas bien l'intérêt. ''Je ne vois pas mon équipe jouer devant des sièges vides. Le hand est un sport de spectacle, rappelle-t-il. ''De toute façon, tant que le virus circulera il semble difficile d'imaginer la pratique d'un sport avec autant de contacts.'' Avec comme priorité la santé de ses joueurs et de tout le personnel du club, l'homme fort de Créteil préférerait ne pas reprendre du tout si la situation sanitaire ne s'améliorait pas dans les prochains mois en France. ''Il faut se préparer à tout, même à devoir vivre une saison blanche...'' On en est, heureusement, pas encore là.

Par Régis Aumont