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TOKYO, C'EST DÉJÀ DEMAIN
10 décembre 2019
10 décembre 2019

Au sortir d'un championnat du monde décevant, l'équipe de France a sept mois avant les Jeux olympiques pour panser ses plaies et retrouver la flemme.

Le Japon, c'est fini. Du moins jusqu'à l'été prochain. Et l'équipe de France va devoir réussir le grand écart pour passer d'un championnat du monde raté – conclu à la treizième place – à des Jeux olympiques réussis. Les sept mois qui séparent les Bleues de Tokyo vont passer très vite, d'autant qu'elles ne se retrouveront que...fin mars pour une double confrontation avec la Croatie dans le cadre des éliminatoires du prochain Euro. ''On va faire un débriefing collectif et rapide avec les joueuses avant de se quitter, confie Olivier Krumbholz dans un entretien accordé au site de la Fédération Française de Handball. Et puis je vais ensuite aller toutes les rencontrer individuellement dans leur club. Que l’on puisse échanger nos avis, nos impressions, et se dire peut-être des choses qui permettront d’avancer. Ensuite, il faudra foncer.''

S'il se dit ''content de la réaction de l’équipe'' lors des deux matchs de classement gagnés contre l'Angola et la Hongrie, le sélectionneur dresse un bilan très mitigé de ce Mondial sur le plan du jeu. ''Nous sommes retombés dans nos travers, nous avons bafouillé notre handball. Nous avons une défense correcte mais pas exceptionnelle, et en attaque, hormis de belles réponses individuelles, nous n’avons jamais retrouvé le jeu des récentes phases finales. Nous avons manqué de maîtrise.'' Cela s'est vu dès le premier match face à la Corée du Sud (27-29), mais peut-être encore plus le lendemain face au Brésil (19-19). Trop souvent dans la réaction, les Françaises n'ont que trop rarement réussi à s'imposer comme les patronnes sur le terrain. Le manque de continuité dans leur jeu était criant. Leur efficacité devant le but bien en-deça des standards inernationaux.

Vers une cure de jouvence

Après cet échec, qui intervient après trois années fantastiques, certaines choses vont évoluer. Dans le fonctionnement du staff déjà, puisque Olivier Krumbholz, même s'il entend poursuivre avec les mêmes personnes vers l'échéance olympique, a indiqué qu'il allait reprendre un peu plus la main, notamment quand il faudra trancher. Au niveau du groupe, il faut s'attendre à ce que cela bouge. Déjà parce que de 16 joueuses au Mondial elles ne seront que 14 aux Jeux. Le sélectionneur va devoir faire des choix difficiles. Et certaines historiques de l'équipe peuvent se faire du souci car il n'y aura certainement aucun passe-droit. ''On sera compétitif dans six mois et je pense toujours que l’on peut faire de grands J.O. Même si certaines anciennes ne seront plus là'', lâche le Lorrain, sans détour. Séduit par l'apport de Méline Nocandy, d'Orlane Kanor, d'Océane Sercien-Ugolin ou encore de Pauletta Foppa lors de la coupe du Président, le boss l'a encore répété une fois la compétition terminée : ''C’était souvent beaucoup mieux avec les jeunes.''

Avec déjà Paris 2024 dans un coin de la tête, Olivier Krumbholz ne se privera certainement pas des jeunes pépites qu'il a à sa disposition pour faire cadeau des JO à certaines qui ont écrit l'histoire de cette équipe de France. En envoyant Camille Ayglon-Saurina en tribunes après deux matchs, il a d'ailleurs envoyé un message fort au groupe. Il en fait passer un autre au lendemain de leur dernière sortie à Kumamoto. ''Je crois qu’il faut être humble et lucide, on ne peut pas lutter contre le temps. Nous avons tout fait, on a tenté et on y a cru tous ensemble, que notamment les anciennes seraient opérationnelles. On voudrait que les grandes joueuses puissent arrêter sur des Jeux olympiques, mais ce n’est pas toujours le cas malgré leur envie. L’énergie et le niveau baissent, et à ce moment-là il faut faire des choix.''

Une chose semble à peu près acquise. Camille Ayglon-Saurina, Allison Pineau, Alexandra Lacrabère, l'habituelle capitaine Siraba Dembele - devenue maman il y a quelques semaines - ne verront sans doute pas toutes Tokyo dans quelques mois. D'ici-là, quelque soit l'identité de celles qui s'envoleront pour la capitale japonaise, les Françaises devront retrouver les vertus qui les ont propulsé vers les sommets, avec ce titre de championne du monde en 2017 et d'Europe en 2018. ''Dans la motivation, nous étions un peu dans l’illusion que l’on avait la rage, pense Olivier Krumbholz. Ce qui n’était pas le cas contrairement aux autres qui ne sont pas encore olympiques. On croyait que l’on allait pouvoir y figurer avec le plaisir et l’envie, mais il a manqué de l’agressivité et le côté enragé dont on a besoin pour aller plus loin à tous les niveaux.'' Tombées de leur nuage, les Françaises, frustrées de la manière dont les choses ont tourné au Japon, auront bien des raisons de revenir avec l'envie de tout casser.

Par Régis Aumont