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LES RAISONS D'UN ÉCHEC

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LES RAISONS D'UN ÉCHEC
13 janvier 2020
13 janvier 2020

Voici quelques pistes qui peuvent en partie expliquer le fiasco de l'équipe de France lors du championnat d'Europe.

1. Un jeu d'attaque en déliquescence
Que ce soit contre le Portugal (25-28) ou la Norvège (26-28), c'est en attaque que sont apparues les plus grosses difficultés de l'équipe de France. La défense a d'ailleurs été performante, avec l'utilisation le plus souvent de la 0-6 mais aussi de la 1-5, utilisée un long moment contre la Norvège pour tenter de perturber le génial Sander Sagosen. Mais de l'autre côté du terrain, les Tricolores ont affiché leurs limites du moment. Face aux Portugais, les Bleus ont usé et abusé des duels comme pour tenter de masquer la pauvreté de leurs combinaisons. Très peu d'espaces trouvés, un manque de liant flagrant, rarement les joueurs de Didier Dinart ont été capables de surprendre leurs adversaires. Il y a eu du mieux lors du deuxième match, notamment dans la relation entre la base arrière et le pivot, ce qui a permis à Ludovic Fabregas d'exposer son immense talent (8 buts).

Mais les arrières, pourtant parmi les plus talentueux du continent, n'ont que très rarement réussi à bien jouer ensemble. D'ailleurs dimanche, beaucoup ont semblé laissé Nikola Karabatic aller au charbon. Et comme le triple meilleur joueur du monde n'était pas dans un grand jour, il n'y a pas eu de miracle. ''J'ai l'impression que depuis trois-quatre ans notre jeu n'avance pas, notamment sur le plan offensif, signale l'ex-capitaine des Bleus et désormais entraîneur, Jérôme Fernandez, dans les colonnes de L'Equipe. Même si les joueurs ont du talent, on a perdu en justesse et en efficacité. J'ai le sentiment qu'on a perdu du temps sur ce plan-là.'' Les 27 ballons perdus en deux rencontres illustrent bien les difficultés à bien faire circuler le ballon.

2. L'érosion des anciens
Y-a-t-il eu une erreur de casting pour ce championnat d'Europe ? C'est toujours facile de le dire après, surtout quand les choses se sont mal passées. Mais il est indéniable que certaines figures emblématiques des nombreux succès de l'équipe de France depuis une quinzaine d'années n'ont plus leur rayonnement d'antan. Sur les ailes, les deux complices Michaël Guigou (37 ans) et Luc Abalo (35 ans) ne sont plus les meilleurs du monde à leur poste comme ce fut le cas lorsque les Français dominaient leur sujet. Ils n'ont pas été les pires en Norvège pour autant, et leurs remplaçants, des arrières de formation, Mathieu Grébille et Valentin Porte? n'ont pas brillé. Le second, titularisé à la place d'Abalo lors du deuxième match, n'a toutefois foulé le terrain que quinze minutes avant de rejoindre définitivement le banc. Restés en France, des joueurs comme Raphaël Caucheteux, Yanis Lenne ou Hugo Descat auraient peut-être mérités d'avoir leur chance.

Sur la base arrière, Nikola Karabatic (35 ans) reste indispensable. Il a surnagé face aux Portugais, et s'il n'a pas été en réussite devant les Norvégiens, avec notamment de nombreuses pertes de balle, il ne s'est jamais défilé au moment de prendre ses responsabilités. Revenu au meilleur de sa forme cette saison, le joueur du PSG reste un guide pour les plus jeunes qui l'entourent. Et les Dika Mem, Nedim Remili, Romain Lagarde et Elohim Prandi, aussi talentueux soient-ils, ont encore besoin d'apprendre au très haut niveau avant de pouvoir revendiquer le leadership de cette équipe. Enfin, le quatrième rescapé de l'ère des Experts, Cédric Sorhaindo (35 ans), n'a eu qu'une influence très limitée. Sollicité en défense et un peu en attaque vendredi, il n'est pas entré sur le terrain dimanche. On l'a peu vu prendre la parole pour sonner la révolte alors qu'il devrait être en première ligne en tant que capitaine. Derrière l'indéboulonnable Ludovic Fabregas, et face à la concurrence de Luka Karabatic, forfait pour l'Euro, et de Nicolas Tournat, le Barcelonais est clairement en danger dans l'optique d'une liste de 14 pour d'éventuels Jeux olympiques.

3. Une nouvelle formule plus complexe
En ouvrant les portes du championnat d'Europe à huit pays supplémentaires, l'EHF a rendu plus difficile l'accès au tour principal de la compétition. Alors que trois équipes sur quatre s'extirpaient du premier groupe par le passé, ce ne sont plus que les deux premiers qui ont le droit de poursuivre l'aventure. En tombant sur la Norvège, prétendant légitime au titre, qui plus est sur ses terres, l'équipe de France savait qu'elle n'avait pas de droit à l'erreur. Malheureusement, elle s'est pris les pieds dans le tapis d'entrée de jeu, contre une équipe du Portugal en pleine ascension. A partir de là, les Bleus, avec une confiance entamée, étaient dans l'obligation de réaliser un exploit sous peine de rentrer à la maison plus tôt que prévu. Il n'a pas eu lieu et l'histoire s'est arrêtée après deux matchs.

Comme on peut le voir depuis le début du tournoi, le niveau des équipes se resserre sensiblement. A domicile ou presque, le Danemark et la Suède, parmi les favoris au titre, ont déjà mordu la poussière. Encore plus qu'avant, aucune équipe ne peut débuter un Euro avec la certitude de franchir le premier tour. Les Français, qui n'avaient plus connu pareille désillusion depuis 1978, mais avec une formule différente donc, ont payé cher le prix de ce nouveau format de compétition.

4. Des hésitations sur le banc
L'Euro n'avait pas encore commencé que le staff de l'équipe de France se signalait en ''décidant de ne pas choisir'' au moment d'annoncer la liste des 16 joueurs censés s'envoler pour la Norvège. Le tout pour ne surprendre personne, trois jours plus tard, en envoyant Nicolas Claire et Wesley Pardin en tribunes. La suite ne fut pas beaucoup plus heureuse pour Didier Dinart, parachuté à la tête de la sélection dans la foulée des JO de Rio en 2016 avec le lourd héritage de Claude Onesta à porter. Avec trois médailles, dont un titre mondial, comme bilan de ses trois premières compétitions, l'apprenti sélectionneur a réussi à perpétuer l'excellence de l'équipe de France dont il fut un digne représentant pendant près de 20 ans (1996-2013).

Mais si les bons résultats sont restés, jusqu'à ce championnat d'Europe, le jeu de l'équipe de France n'évolue plus ou peu. Il y a bien eu un important renouvellement des joueurs, pour prendre la suite des glorieux anciens, mais même avec le resserrement du groupe ces derniers mois le collectif peine à trouver son identité. Didier Dinart dispose d'une mine de talents, notamment sur les postes d'arrière et de pivot. Mais on a parfois eu l'impression que cette abondance de richesses desservait le staff qui a du mal à installer une hiérarchie claire. Et au nom de la polyvalence, certains, comme Dika Mem, Melvyn Richardson et Valentin Porte, doivent évoluer à une place qui n'est pas la leur le reste de l'année en club. Contre le Portugal notamment, les choix pendant le match n'ont pas été couronné de réussite. Ne pas poser de temps-mort de toute la seconde période, alors que l'affaire était mal engagée, a pu interpeller également. Comme les joueurs, Didier Dinart sort de cet Euro fragilisé. Et d'importantes échéances (TQO, barrage pour le Mondial 2021, JO peut-être...) vont très vite arriver.

Par Régis Aumont