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le 28 janvier, 2018

Michaël Guigou, ici contre la Suède durant l'Euro, est l'un des joueurs les plus talentueux du handball français. (Panoramic)

L’itinéraire de…Michaël Guigou

Michaël Guigou, ici contre la Suède durant l’Euro, est l’un des joueurs les plus talentueux du handball français. (Panoramic)

Alors qu’il fête ses 36 ans ce dimanche, jour de petite finale de l’Euro, Michaël Guigou reste un atout maître de l’équipe de France. Retour sur l’itinéraire de cet ailier pas comme les autres.

Michaël Guigou a grandi dans une famille de handballeurs comme il en existe plein dans le monde. Sauf que de celle-ci est né un champion. Retour sur le parcours d’un joueur exceptionnel.

BERCE AUX CRISSEMENTS DE CHAUSSURES SUR LES TERRAINS

Avant même de voir le jour le 28 janvier 1982, il semblait que le destin de Michaël Guigou était déjà tout tracé. “Il a failli naître dans un gymnase, s’amuse Christine Maillet, maman de l’allier gauche du MHB. J’ai toujours fait du handball et son papa aussi. Lorsque je suis tombée enceinte, j’ai dû me concentrer sur mon activité d’entraîneur, poursuit la dirigeante du club Pays d’Apt Handball. L’équipe féminine disputait un match amical dans le gymnase de Carpentras et à la fin j’ai perdu les eaux. Les filles m’ont accompagné à l’hôpital d’Apt mais dès ma sortie on est allées voir son papa à un match de hand.

« UN MALIN PARMI LES GRANDS »

Dès ses débuts sur les terrains, celui qui porte le numéro 14 se fait remarquer pour son gabarit. Et pour cause, malgré ses qualités, il a toujours été “le petit gringalet”. Ce qui n’a pourtant pas été un frein lorsque Patrice Canayer lui demandé de rejoindre le centre de formation à Montpellier en 1999, alors qu’il a 17 ans. “On était à une époque où on cherchait beaucoup de grands gabarits mais il n’avait pas vraiment le profil… C’était un joueur qui n’était pas forcément très grand mais qui avait, à côté de ça, une motricité assez étonnante pour quelqu’un de son âge.” Une qualité qui lui a permis de se démarquer au milieu d’internationaux comme Andrej Golić, par exemple. “Très vite, il a été obligé de s’adapter, trouver des modes de fonctionnement et des techniques qui lui ont permis de s’exprimer face à des joueurs plus forts et plus costauds que lui, explique le toujours entraîneur de Montpellier. C’est un malin parmi les grands qui a su faire sa place dans l’adversité. Généralement, les gens demandent à ce qu’on leur donne la place mais lui l’a prise.

PETIT MAIS TROP FORT

D’un naturel plutôt calme et discret, « Mika » s’est cependant vite fait une réputation et beaucoup le redoutaient sur le terrain autant qu’ils l’appréciaient. Et cela, dès ses premiers matchs alors qu’il n’a que 5 ans et signe sa première licence au club d’Apt. Sa mère se rappelle : “C’étaient les premières années de Michaël en club. On est allés en finale régionale poussin, et l’entraîneur de l’équipe adverse a refusé que mon fils joue. Je lui ai demandé pourquoi car à cette période Mika était plus jeune que tous les autres joueurs. L’entraîneur m’a répondu : “si ton fils joue, on va perdre”. Et c’est exactement ce qui s’est passé, on a perdu.

ENTRE EXPRESSION INDIVIDUELLE ET EXPRESSION COLLECTIVE

Sur le terrain, on connaît un Michaël Guigou pas très expansif, plutôt timide et plein de retenue. Et si pour beaucoup cela aurait pu être un frein à sa progression, cela a été tout le contraire pour l’Aptésien qui, dès son plus jeune âge, a su s’ériger en leader technique. “Un jour, on gagnait un match très facilement. Mika était devant, balle à la main et au lieu de marquer, il a passé la balle à un copain, nous raconte sa mère. A la fin du match, je lui ai demandé pourquoi il avait fait ça et il m’a répondu : “Mais maman, il n’y a que lui qui n’a pas marqué de but depuis le début.”


Et Patrice Canayer d’ajouter : “Je pense que c’est un garçon qui a su trouver le bon équilibre entre l’expression individuelle et l’expression collective. Le professionnalisme te pousse à aller de plus en plus vers de l’expression individuelle et pour certains ce n’est pas toujours une bonne chose. Là, c’est plutôt une qualité.

« UNE FEUILLE QUI NE TREMBLE PAS »

Difficile de réduire la carrière d’un aussi grand joueur à ses trophées. Et pourtant, ils ont été nombreux depuis qu’il a fait ses premiers pas en équipe de France au mois de juillet 2002 : Deux médailles d’or olympiques, quatre titres mondiaux et trois sacres européens. Sans oublier quelques médailles d’argent et bronze par-ci, par-là.

Un palmarès XXL donc, mais c’est surtout “une feuille qui ne tremble pas”, lance Patrice Canayer. “Et c’est ça qui fait sa force. Aujourd’hui, ce n’est pas tellement sa progression que j’ai envie de mettre en avant parce que très tôt, il a été très bon. Ce que j’ai envie de retenir c’est plutôt sa capacité à se maintenir à ce niveau aussi longtemps.” Avant de poursuivre : “C’est clairement le meilleur joueur que j’ai entraîné du point de vue de la lecture des compétences handballistiques. Je pense que Michaël aurait pu être un demi-centre extraordinaire. Avec un peu plus de taille, il aurait pu être un des meilleurs demi-centre du monde. Mais il reste un ailier gauche remarquable.

UN SAVOIR A TRANSMETTRE

Alors que Michaël Guigou aimerait conclure sa carrière internationale lors des Jeux Olympiques 2020 à Tokyo, la question de sa reconversion reste encore en suspens même s’il a déjà évoqué son souhait d’intégrer l’encadrement du MHB au terme de sa carrière. Pour Patrice Canayer, la suite coule de source : “Le problème des joueurs quand ils veulent devenir coach, c’est qu’ils ne savent pas ce qu’est le métier de coach. A la question est-ce que Michaël Guigou a la connaissance du jeu pour être entraîneur, la réponse est oui car il a une grande finesse pour comprendre le jeu. Après, est-ce qu’il aura l’envie d’être au quotidien avec une équipe, ça, il ne pourra le savoir qu’avec le temps. Mais je pense que c’est un garçon qui a beaucoup d’expertise et qu’il devrait la transmettre, que ce soit sous la casquette de l’entraîneur ou d’un tout autre métier. Aujourd’hui, le plus important reste qu’il fasse ce qu’il a envie.

Par Jessica Dufour

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